trouble alimentaire et dépendance

Le moment où les troubles alimentaires et dépendance se heurtent

Écrit par Jonathan Dupuis

11 février 2022

Les troubles alimentaires et la dépendance sont beaucoup plus reliés qu’on le pense. Presque tout le monde a déjà entendu parler d’anorexie ou de boulimie, mais beaucoup de stéréotypes et de méconnaissances existent encore face à ses problématiques. Les troubles des conduites alimentaires toucheraient environ de 1 à 3 % de la population générale. La dépendance quant à elle (ou plus officiellement les troubles de l’usage d’une substance) toucherait environ 10 % de la population. On entend de plus en plus parler de « Food Addiction » ou d’une « Addiction Alimentaire » dans le monde de la recherche. Y a-t-il vraiment un parallèle à faire, mais surtout pourquoi parler de dépendance et trouble alimentaire? Je vous fais un tour d’horizon avec vous.

C’est quoi un trouble alimentaire

Il existe plusieurs types de troubles des conduites alimentaires. Un trouble alimentaire c’est une perturbation en lien avec l’alimentation, l’apparence ou le poids d’une personne ayant des conséquences importantes. Sans rentrer trop dans les détails de tous les critères nécessaires au diagnostic, voici les trois troubles des conduites alimentaires les plus connus de façon générale pour vous éclairer.

Anorexie

L’anorexie ou anorexie nerveuse est caractérisée par une personne s’infligeant une restriction alimentaire sévère. Cette restriction mène à une perte de poids significative et un poids inférieur à la moyenne considérant l’âge, le sexe et la taille de la personne. Il y a une peur immense liée à la prise de poids ou d’être en embonpoint, malgré le poids significativement insuffisant de la personne. L’anorexie est également associée à une perception perturbée du poids ou de la forme corporelle menant à un déni des dangers associés à la maigreur.

Boulimie

La boulimie est caractérisée par des épisodes d’orgies alimentaires dans une période menant à une ingestion calorique significativement supérieure au besoin physiologique. Durant ces périodes, il y a un sentiment de perte de contrôle. Il doit y avoir la présence de comportements compensatoires comme la prise de laxatif, l’exercice excessif ou les vomissements. Ces comportements visent à prévenir la prise de poids ou à enrayer un sentiment de honte ou de culpabilité.  L’estime de la personne est intrinsèquement associée à son poids et ses formes corporelles.

Hyperphagie

L’hyperphagie ou l’hyperphagie boulimique est caractérisée par l’ingestion calorique significativement supérieure au besoin physiologique dans une période déterminée (allant de quelques minutes à quelques heures). Ces épisodes sont accompagnés d’un sentiment de malaise physique, ne se précèdent pas nécessairement d’une sensation de faim et sont souvent suivis d’un sentiment de dégoût, de culpabilité ou de honte. Contrairement à la boulimie, il n’y a pas de comportement compensatoire. Souvent, les personnes souffrant d’hyperphagie vont manger seules à cause des sentiments négatifs associés à manger.

Et bien plus encore

Il existe d’autres troubles alimentaires comme l’orthorexie qui est caractérisée par une obsession sur la qualité de la nourriture ingérée (versus la quantité) au point ou manger sainement devient une contrainte à la personne. Pour vous renseigner davantage sur les différents troubles alimentaires, voici un site intéressant.

Pourquoi faire un lien entre troubles alimentaires et dépendance?

Les troubles alimentaires et la dépendance en chiffre

Lorsqu’on regarde plus attentivement, lorsqu’une personne consulte initialement pour un trouble alimentaire quelconque, ce serait environ 35 % d’entre eux qui auraient une problématique de dépendance. Inversement, lorsqu’une personne consulte pour une problématique de dépendance (majoritairement à des substances dans ce cas-ci) certaines recherches proposent que ce soit près de 50 % d’entre eux qui auraient une problématique au niveau des conduites alimentaires, diagnostic ou non.

Troubles alimentaires et dépendance : nos jeunes à risque

Évidemment, quelque chose qui se passe entre troubles alimentaires et dépendance, mais quoi exactement? Souvent, on dit que le développement d’un trouble alimentaire ou d’un trouble de l’usage d’une substance est plus fréquent dans des périodes développementales à risque, comme l’adolescence. Bien sûr, il y a plein de facteurs de risque au niveau personnel, génétique, neurologique, familial et social qui contribuent au développement de ces problématiques. Clairement, l’adolescence est une phase pivotante pour que certains comportements se cristallisent dans le temps vers l’âge adulte comme les conduites alimentaires et l’usage d’une substance. Plus une problématique apparait jeune, plus on a de chance que ça se maintienne dans le temps à l’âge adulte. Non seulement ça, mais les jeunes qui ont des troubles alimentaires seraient beaucoup plus à risque de développer une dépendance à l’âge adulte. Il est donc important d’agir tôt, peu importe la situation.

Alors, est-ce qu’un trouble alimentaire est comme une dépendance?

La réponse est plus complexe qu’un simple oui ou non. En fait, c’est un peu des deux.

La dépendance (dans ce cas-ci à une substance) est associée à un soulagement à court terme d’un malaise ou d’une souffrance (très bien expliqué dans cet article d’ailleurs). Souvent, les personnes augmentent le temps passé à consommer ou le temps à planifier/organiser les moments de consommation abandonnant graduellement le reste de leurs activités. Après un épisode de consommation, les personnes vivent souvent de l’anxiété, du stress, de la culpabilité ou de l’insatisfaction. Et c’est souvent à cause de ces émotions difficiles qu’il y a un retour vers la consommation, pour un soulagement temporaire.

Boulimie et hyperphagie : troubles alimentaires et dépendance

C’est possible de voir des similitudes dans certains troubles alimentaires comme la boulimie ou l’hyperphagie et la dépendance. Il y une perte de contrôle, une augmentation du temps passé à planifier les épisodes d’orgie alimentaire suivie d’un soulagement temporaire. Après quelque temps, la personne vit souvent les mêmes émotions difficiles qu’après un épisode de consommation.

Dans une optique neurologique, c’est possible de voir des similitudes. Dans notre cerveau, le circuit de la récompense nous permet de faire nos activités quotidiennes. La dopamine, un neurotransmetteur important dans ce circuit, nous donne la motivation d’accomplir quelque chose. Aussi simple que : je ressens un sentiment de soif, mon cerveau sécrète de la dopamine pour me donner la « motivation » de me lever et d’aller me chercher un verre d’eau.

Tout comme dans la dépendance, les épisodes de consommation excessive de nourriture produisent un « party de dopamine » dans le cerveau augmentant le niveau de base normal ou créant un déficit dopaminergique. Ce déficit fait en sorte que tout le reste devient de moins en moins attrayant pour le cerveau créant un renforcement positif de reproduire le même comportement, dans ce cas-ci manger excessivement ou consommer.

Dans une recherche sur le lien entre l’hyperphagie (ou le Binge eating en anglais) et la dépendance, les chercheurs ont démontré un lien avec la consommation de stimulants. Pour ceux qui ne le savent pas, les stimulants comme la cocaïne, l’amphétamine ou la méthamphétamine sont connus pour avoir des effets de « coupe-faim ». Le film Requiem for a Dream illustre ce phénomène de manière brutale (attache ta tuque avec de la broche, vraiment) avec la prise d’amphétamine d’une dame au titre d’une diète alimentaire, le tout interprété judicieusement par Ellen Brustyn. Bien qu’il y ait un lien à faire entre l’hyperphagie et la consommation de stimulants, d’autres recherches sont nécessaires pour mieux comprendre ce lien.

Anorexie : un trouble alimentaire différent de la dépendance

Bien qu’il semble y avoir des liens entre certains troubles alimentaires et la dépendance, ce n’est pas nécessairement le cas avec l’anorexie. Le soulagement à court terme associé à un épisode de consommation n’est pas présent avec l’anorexie. Ce serait plutôt un soulagement à long terme qui serait associé à la perte ou au maintien du poids significativement inférieur à la moyenne, à l’idée que la maigreur extrême correspond aux standards de la société et au sentiment de contrôle à cause des restrictions alimentaires. Le message véhiculé dans notre société aujourd’hui est souvent qu’une perte de poids est une réussite ou quelque chose de bien. Ces mœurs sociales renforcent l’idée chez les personnes souffrant d’anorexie leur besoin de minceur et valide leurs restrictions.

Quant à la dépendance, les résultats à long terme sont souvent la stigmatisation, la baisse de l’estime de soi, la culpabilité et le désir réel d’arrêter. Bien que la consommation de certaines substances est valorisée dans certains cas (oh yea, c’est viiiiindredi, tu peux essayer ça à la place aussi), la surconsommation est loin d’être prônée et bien vue. Aucun renforcement à long terme n’est présent associé à la dépendance. Très souvent, à long terme les gens veulent cesser à tout prix.

Quoi retenir avec les troubles alimentaires et la dépendance

Il y a beaucoup de mécanismes complexes derrière les deux problématiques (le système opioïde,le système endocannabinoïdes et bien plus que je n’ai pas abordé aujourd’hui). On sait que le circuit de la récompense, régulé en partie par la dopamine, est affecté dans le cas des deux problématiques.

Donc, il faut comprendre qu’en date d’aujourd’hui, les troubles alimentaires ne sont pas considérés comme une dépendance, bien qu’il y a parfois des ressemblances. Les différences entre les troubles alimentaires et la dépendance sont là. Il faut approfondir la recherche pour mieux comprendre le lien entre les deux. Choses certaines, la collaboration entre professionnel(le)s est gagnante.

Si vous croyez que vous ou une personne proche souffrez d’un trouble alimentaire, n’hésitez pas à en parler.

Si vous avez l’impression que votre consommation prend de plus en plus il existe également des ressources

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