Pourquoi j'ai une dépendance

Pourquoi j’ai une dépendance?

Écrit par Valérie Desjardins

10 septembre 2021

Pourquoi j’ai une dépendance? C’est peut-être une question que tu te poses à l’occasion ou même, très souvent. Une situation de dépendance peut engendrer énormément de détresse, car ce phénomène est souvent mal compris et dépourvu de tabous qui font peur. Cette détresse peut t’amener à te refermer sur toi-même parce que tu ressens de la honte et de la culpabilité. Tu te demandes pourquoi ta situation est pire que celle de tes proches? Pourquoi toi, tu n’es pas capable de boire, de fumer, de jouer de façon raisonnable?

COMMENT S’INSTALLE LA DÉPENDANCE?

Une simple question de critères? Bien sûr que non.

Le DSM-5 présente les critères liés au trouble d’utilisation d’une substance ou d’une dépendance. Les critères de dépendance permettent de statuer la présence ou non d’une dépendance ainsi que son niveau de sévérité. Cependant, ils ne permettent pas de comprendre pourquoi tu es aux prises avec dépendance. Plusieurs facteurs peuvent être en cause et peuvent expliquer comment s’installe la dépendance.

La génétique.

La génétique peut, en partie, expliquer comment s’installe la dépendance. Lorsqu’il y a de la dépendance dans notre famille, nous naissons en portant dans nos gènes un risque de développer une dépendance. En effet, des études ont  démontré que les probabilités de développer une dépendance lorsqu’il y a dans la famille sont de 48-66% pour l’alcool, 51-59% pour le cannabis, 42-79 % pour la dépendance à la cocaïne, 23-54 % pour la dépendance aux opiacés. Ces taux sont toutefois à lire avec prudence dans la mesure où la définition de la « dépendance » n’était pas toujours identique d’une étude à l’autre. Néanmoins, parfois la génétique peut avoir le dos large alors qu’elle est rarement la seule impliquée dans l’installation d’une dépendance.

L’environnement.

L’environnement serait un facteur ayant davantage d’impact sur l’installation d’une dépendance. Une personne ayant de la dépendance dans sa famille, mais qui évolue dans un environnement favorable, aura beaucoup moins de chance de développer une dépendance qu’une personne qui évolue dans un environnement critique. L’isolement et la solitude sont des facteurs de risque importants dans le développement d’une dépendance au même titre que d’avoir un entourage de consommateurs.

En effet, lorsqu’il y a beaucoup de consommateurs autour de nous, que les gens nous encouragent à consommer et que nous nous sentons se sent peu soutenu par nos proches, les probabilités de développer et de maintenir de mauvaises habitudes de consommation sont plus élevées.

Le cerveau et la dépendance physique.

Puis, il y a le cerveau qui joue un fort rôle et qui explique comment s’installe la dépendance. La consommation modifie le circuit de la récompense du cerveau. Lorsqu’on consomme, le cerveau sécrète de la dopamine (hormone du plaisir) en grande quantité. Quand nous essayons de diminuer ou d’arrêter, le cerveau réclame la dose de dopamine à laquelle il s’est habitué en envoyant des signes psychologiques et physiques. En effet, pour certaines substances, notre corps développe une tolérance lorsque nous consommons régulièrement. La diminution ou l’arrêt de la consommation peut engendrer des symptômes de sevrage, ce qui nous encourage à reprendre la substance pour soulager les inconforts physiques ressentis.

La dépendance psychologique

Enfin, le dernier facteur pouvant expliquer l’installation d’une dépendance est l’aspect psychologique associé à la consommation. Souvent, la consommation remplit un vide émotionnel. La diminution ou l’arrêt de la consommation peut entrainer une détresse émotionnelle importante. Cet inconfort peut induire une préoccupation obsédante de reprendre la substance pour retrouver un certain équilibre.

LE CYCLE DE L’ASSUÉTUDE OU LE CYCLE DE LA DÉPENDANCE

Stanton Peele (1989), a démontré le phénomène de la dépendance psychologique en créant le cycle de l’assuétude ou le cycle de la dépendance. Le cycle de l’assuétude ou le cycle de la dépendance expose bien le fait que l’état de dépendance envers quelque chose, peu importe de quoi il s’agit, est rarement une partie de plaisir! Au contraire, c’est plutôt vécu comme étant aversif, hors du contrôle et de la volonté de la personne.

Problèmes de la vie.

Ce que le cycle de l’assuétude ou le cycle de dépendance démontre, c’est que premièrement, en tant qu’être humain, nous sommes composés de forces et de limites. Notre personnalité, notre tempérament, notre environnement, notre éducation, etc., ont un impact sur nos capacités à s’adapter à différentes situations de la vie courante. Lorsque nous faisons face à des situations difficiles (problème de santé mentale, problèmes financiers, problèmes relationnels, solitude, ennui, peu importe), nous ne savons pas toujours comment s’y adapter et c’est normal.

Émotions difficiles.

Face à ces situations difficiles, nous ressentons des émotions difficiles. Ça aussi, c’est tout à fait normal. Anxiété, doute, stress, colère, tristesse, fatigue, peur, etc. Quel être humain aime ressentir ces émotions difficiles? Peu.

Recherche de solutions.

L’être humain se met rapidement à la recherche d’une solution pour s’apaiser. Nous avons ici le choix de deux directions. La direction 1 qui est de faire l’inventaire de nos ressources, c’est-à-dire de nos ressources internes (forces, capacités, réussites du passé, etc.) et de nos ressources externes (ressources financières, entourage, professionnel de la santé, médecin, amis, groupe de soutien) pour régler le problème ou la direction 2 qui est de prendre la solution d’éloignement pour éviter de ressentir les émotions difficiles.

La solution d’éloignement

En utilisant une solution d’éloignement, comme en utilisant la consommation d’alcool, de drogues, de jeux ou d’utilisation d’Internet et des jeux vidéos, on ressent un réel soulagement. Cette solution est très efficace à court terme. Elle est donc très attirante… Et, elle enclenche le cycle de la dépendance.

Modification du système de la récompense et soulagement temporaire de la douleur.

Le choix de cette direction n’est pas sans conséquence. En effet, les substances consommées ont un impact sur le cerveau et son système de récompense. Par exemple, le cerveau comprend ceci: quand je vis un conflit avec ma blonde et que je suis en colère, si je consomme de l’alcool, je me sens mieux, donc pourquoi pas recommencer la fois d’après? Ce phénomène est expliqué par la libération d’une hormone appelée la dopamine.

Dans le cas qui nous occupe, la dopamine est artificiellement stimulée par une substance. Plus on répète l’expérience, plus le cerveau en redemande. C’est normal, ça marche à court terme!

Insatisfaction et culpabilité.

L’effet de la dopamine artificielle, stimulée par la substance, est temporaire et éphémère. Lorsque l’effet se dissipe, l’insatisfaction et la culpabilité se repointent le bout du nez. L’anxiété, le stress, la colère, la peur refont surface. C’est normal, le problème initial n’a pas été réglé.

COMMENT SORTIR DU CYCLE DE L’ASSUÉTUDE OU DU CYCLE DE LA DÉPENDANCE?

Ce n’est pas si simple de sortir du cycle de l’assuétude ou du cycle de la dépendance. Se sortir de ce cycle te demandera évidemment de sortir de ta zone de confort. Voici les étapes à suivre pour t’en sortir:

  1. Prendre conscience du problème;
  2. Reconnaitre tes émotions;
  3. Faire l’inventaire de tes ressources, c’est-à-dire de tes ressources internes (forces, capacités, réussites du passé, etc.) et de tes ressources externes (ressources financières, entourage, professionnel de la santé, médecin, amis, groupe de soutien);
  4. Engager des actions concrètes, cohérentes à tes valeurs et à ce qui est important pour toi;
  5. Prendre conscience de ton sentiment de satisfaction personnelle lorsque tu poses des actions engagées (augmentation de l’estime de soi, bien être, etc.)

LE CYCLE DE L’ASSUÉTUDE EN IMAGE

Pourquoi j'ai une dépendance

LA CARTE DE CRÉDIT ÉMOTIONNELLE

Soyons honnêtes, ce n’est pas parce que tu prends conscience que tu es coincé et que tu comprends pourquoi tu es dépendant que tu n’y retourneras jamais dans ce cycle. On y retourne tous et c’est tout à fait normal. Porte plutôt ton attention sur le prix à payer lorsque tu restes coincé. Compare ta situation à une carte de crédit. Lorsque tu vis des émotions difficiles et que tu choisis la solution d’éloignement, tu accumules des dettes.

Ton insatisfaction, ta culpabilité et ton anxiété augmentent. À l’inverse, lorsque tu choisis de mettre en place des actions cohérentes à tes valeurs et à ce qui est important pour toi de façon à atteindre ton objectif, tu diminues tranquillement tes dettes et tu investis dans la personne que tu veux devenir, en plus de récolter des intérêts. En effet, tu pourras observer ton sentiment de satisfaction personnelle augmenter de fois en fois ce qui te donnera la motivation nécessaire pour continuer dans cette direction.

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