recit de ma cyberdependance

Récit de ma Cyberdépendance

Écrit par Jonathan Dupuis

22 octobre 2021

Je me souviens d’un Noël où j’ai reçu ma première console Nintendo et Mario Bros. Avec les années, mes parents m’ont toujours offert à mon frère et moi les consoles de l’année. Le Super Nintendo, la Nintendo 64, la Xbox. Mais mon jeu à moi c’était « Diablo 2 — Lord of Destruction » au PC. Je me suis rapidement échappé dans l’univers démoniaque avec tous ses « Boss », ses ennemis et ses personnages. Encore aujourd’hui, cet univers me suit. J’offre le récit de ma cyberdépendance. Si vous vous questionnez sur les critères de la cyberdépendance, lisez cet article.

Avant ma cyberdépendance

Mon souvenir de ma première console Nintendo NES à Noël est encore très clair. C’était un cadeau commun avec mon frère aîné. De l’avoir développé c’était une immense joie. Sans aucune attente, nous avons commencé à jouer, mon frère et moi, au jeu Super Mario Bros. Pendant que les adultes célébraient autrement au 1er étage de la maison, les enfants regardaient avec admiration le joueur. C’était mon frère aîné qui ramassait les pièces d’or, écrasait les ennemis, attrapait des champignons et complétait les niveaux du jeu. J’étais fasciné par les différentes possibilités que le Mario pouvait avoir; cracher des boules de feu, se glisser dans d’immenses tuyaux verts ou même tout ravager sur son passage avec la fameuse étoile d’invincibilité. À cette époque, mes parents et moi n’avions encore aucune conscience du phénomène de la cyberdépendance.

L’apparition de ma cyberdépendance

J’ai toujours été heureux de jouer aux différentes consoles que j’ai reçues au fil des années. Super Nintendo, Nintendo 64, Xbox, il y en avait pour tous les goûts. J’aimais regarder mon frère jouer pendant des heures, sans même participer. C’était comme un moment entre lui et moi dans un univers parallèle où nous découvrions les énigmes d’un jeu, conçu pour l’imagination des enfants. C’est au début des années 2000 que j’ai reçu LE JEU qui allait faire basculer mon monde imaginaire. J’avais environ 12 ans quand j’ai reçu en cadeau Diablo 2, un « role playing game » ou jeu de rôle. Un jeu qui se jouait sur un bon vieux PC Pentium III. Dans le jeu, il fallait choisir un personnage d’une certaine classe pour le faire augmenter de niveau et améliorer ses compétences. Je me souviens que le niveau 99 était le dernier, le niveau suprême, mon objectif ultime.

Mon jeu hors-ligne

Le Barbare, la Sorceresse, le Paladin, l’Amazon et le Nécromancien, il en avait pour tous les goûts. Mon frère a toujours aimé le Barbare, personnage de force brute, courageux et équipé de sa hache pour détruire l’ennemi au premier rang. Quant à moi, j’ai toujours plus aimé être en retrait utilisant l’Amazon équipé de son arc pour tirer l’ennemi à distance avec ses flèches magiques et ses attributs passifs de combat. Je vous épargne les détails, mais je me souviens encore que rapidement, j’ai développé un lien unique avec mon personnage. Je l’aimais, je prenais soin de lui et je voulais qu’il soit beau, parfait et puissant. Le jeu comportait cinq « actes » racontant une histoire dans un univers où les démons pillent le monde des humains. Notre personnage était le héros de ce monde et tous comptaient sur nous. L’univers diabolique du jeu me fascinait. À ce moment-là, je jouais quelques heures par jour, mais pas tous les jours. J’aimais surtout regarder mon grand frère jouer. C’est lorsque mon frère a tenté sa chance, avec notre connexion Internet médiocre, de jouer en ligne que beaucoup de choses ont changé.

Mon personnage, l’objet de ma cyberdépendance

Diablo 2 est probablement l’un des MMORPG (Massively Multiplayer Online Role Playing Game) les plus révolutionnaires de l’histoire des jeux vidéos. MMORPG signifie : jeu de rôle qui se joue en ligne, à plusieurs personnes dans une communauté massive, dans ce cas-ci des millions de joueurs de partout dans le monde. Pour nous connecter, nous avions seulement avec la fameuse connexion 56 kb/s (celle qui réveillait la maison entière avec le fameux bruit que vous pouvez entendre ici). Pour ceux qui ne le savent pas, cette connexion Internet bloquait la ligne téléphonique. Je ne sais pas comment mes parents géraient, chose certaine, le téléphone devait être souvent occupé.

C’est là que le vrai plaisir a commencé pour moi. Non seulement je pouvais continuer d’utiliser un personnage que je chérissais, mais c’était avec plusieurs autres millions d’utilisateurs. Tout le monde pouvait voir, juger et combattre mon personnage. Comme si mon personnage était le reflet de ma compétence et de ma valeur. Mon personnage était comme une extension de ma personne avec qui je pouvais me faire valoir et me faire reconnaître parmi une communauté immense. Non seulement j’avais comme mission d’être un personnage redoutable et tout puissant, mais c’était possible de m’affilier à un clan, question de se faire redouter de tous. Mon clan, c’était mon équipe, mon identité de groupe, ma tribu avec qui je fonçais vers la reconnaissance.

Au cœur de ma cyberdépendance

C’est lors de l’été 2003 que j’ai joué le plus avec mon clan. Un bon clan avait différents personnages qui avaient leur fonction bien précise. Chacune des attaques, des sorts magiques étaient calculés pour en retirer le maximum des avantages lors des quêtes. Je jouais de 15 à 18 heures par jour, sans relâche. Le but était d’acquérir de l’expérience pour faire monter le niveau de mon personnage. C’était mon objectif ultime.

Je ne sortais pas vraiment et je mangeais rapidement pour pouvoir jouer plus. Je me levais tôt et je me couchais tard dans un seul but : jouer le plus possible. J’étais obsédé à faire progresser mon personnage, mais surtout j’avais les membres de mon clan qui comptait sur moi. Je devais être utile et puissant pour y demeurer. Sinon, des millions d’autres utilisateurs pouvaient me remplacer. À ce moment-là, j’avais environ 13 ans, l’âge où j’étais trop jeune pour travailler, mais trop vieux pour aller au camp de jour. Je ne vivais que pour cela. Les fins de semaine je préférais rester à la maison pour jouer plutôt que d’aller en forêt avec mon père et la famille. Je préférais m’impliquer dans mon clan plutôt que d’aller à notre chalet sur le bord de la mer. Le jeu avait une emprise invisible sur moi. Le monde extérieur semblait impertinent pour moi. Mais j’aimais inconditionnellement l’univers du jeu.

Retour brusque à la vie normale

C’est à la fin de cet été-là, lors du retour en classe que j’ai réalisé le nombre d’heures que je pouvais jouer. Mon personnage, les quêtes et mon clan étaient constamment dans mes pensées. Mes parents ont mis un frein aux nombres d’heures que je passais sur le jeu. J’étais furieux contre eux, mais je n’ai pas eu le choix d’accepter. L’année scolaire est passée, sans trop penser au jeu. Je jouais de temps à autre lorsque c’était possible pour moi. Je faisais des choix conscients d’aller jouer dehors ou aller en forêt ayant pour souhait que mes parents m’autorisent à jouer plus à un autre moment donné. Comme si cela allait me donner « du lousse ». Sans surprise, lorsque c’était possible pour moi, je jouais.

Prise 2 : deuxième été à jouer sans relâche

L’été suivant, à l’âge de 14 ans, j’ai encore joué de 15 à 18 heures par jour. Même histoire et même objectif : la conquête du niveau 99 pour être reconnu parmi une communauté de millions de joueurs. Presque aucune sortie à l’extérieur, je mangeais rapidement et dormais peu. Encore une fois, l’univers du jeu était la seule chose qui m’importait. Je continuais de mettre du temps sur mon personnage. Notre clan était reconnu et je m’impliquais plus que jamais. Je vivais pleinement ma cyberdépendance. Le retour en classe fut identique à celui de l’année précédente. Des pensées obsessives de jouer, des épisodes de jeu abusifs quand j’en avais l’occasion. Mais, j’écoutais mes parents et je m’adonnais à d’autres activités.

Ma prise de conscience face à ma cyberdépendance

Un des plus gros facteurs de protection que j’avais à cette époque était le judo. Je m’entrainais régulièrement, et ce plusieurs fois par semaine. J’avais de nombreux amis au judo, c’était comme une famille. J’en avais un clan sans mon jeu et c’était au judo. J’avais des entrainements intensifs environ 5 fois par semaine, mais on se soutenait tous. Je participais à de nombreuses compétitions avec mon club, souvent sur la route, prêt à combattre. Elle était là ma vraie tribu.

L’été qui a suivi mon 2e été de jeu intensif, j’ai commencé à travailler comme animateur dans un camp de jour. J’avais 15 ans. J’ai naturellement cessé de jouer et pleinement vécu mon été en plein air. En même temps, j’ai commencé à travailler à temps partiel les fins de semaine après l’été pour me ramasser des sous. Le jeu s’est naturellement effacé de ma vie. C’est à cet âge-là, en pleine puberté d’adolescence que j’ai le souvenir de m’être dit : « Jonathan, il faut que tu fasses attention aux jeux vidéos ». C’est comme si je savais que de passer autant de temps sur un jeu n’était pas très productif. Bien que j’adorais jouer, je m’étais promis de demeurer vigilant.

Aujourd’hui ma cyberdépendance et moi

Cette phrase me suit encore aujourd’hui. Bien que parfois des envies de m’échapper dans un univers de jeux vidéos m’habitent, peu importe laquelle, je demeure alerte. Je tente plutôt de m’observer pour mieux comprendre ce qui me pousse dans ces moments à vouloir jouer. Je fais le choix, encore aujourd’hui, de ne pas acheter de console et de m’éloigner des jeux vidéos, surtout des MMORPG.

Pourquoi je vous parle de Diablo 2 — Lord of Destruction? Bien que mes épisodes de jeu intensifs datent de plus de 15 années, je demeure toujours à risque. Environ 1 mois avant l’écriture de ces lignes, les producteurs de jeux vidéos se sont donnés. Diablo 2 — Lord of Destruction est de retour, avec les graphiques à la fine pointe de la technologie et disponibles sur toutes les consoles inimaginables. Je vous avoue qu’essayer de jouer m’a traversé l’esprit, mais j’ai fait le choix de passer mon tour.

Étant encore plus connecté à la technologie aujourd’hui, je dois être vigilant et m’observer quotidiennement. Que ce soit les réseaux sociaux, Netflix ou autres, j’apprends encore aujourd’hui à balancer vie virtuelle et réelle. J’ai réalisé qu’un des plus beaux cadeaux que je me suis probablement fait au fil des années est celui d’écouter ma sagesse adolescente m’avertissant d’être vigilant. Bien sûr, comme je vous ai partagé dans mon éditorial sur la dépendance au Québec, je suis loin d’être parfait. Chose certaine, je tente au quotidien d’observer ma propension à m’échapper dans d’autres univers que le mien, et ce toujours dans le but de m’approcher de la personne idéale que je souhaiterais être.

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