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Je t’aime, mais tu bois trop

Écrit par Karim M'sallem

16 avril 2022

Je t’aime, mais tu bois trop. Quand on est proche d’une personne qui a un trouble d’utilisation de substance, de l’alcoolisme, de la toxicomanie (appelle ça comme tu veux!) cela peut être très souffrant et créer beaucoup d’impuissance. Je me suis longtemps poser la question : «mais comment aider un alcoolique?»

Comme moi, tu l’as, connais cette personne que tu aimes et qui boit trop. Comme moi, ça te brise un peu en dedans de la voir s’enliser dans sa dépendance. Parfois elle nie ses comportements, parfois, elle te ment, parfois elle va mieux et tu as espoir.

C’est difficile d’aider un alcoolique et d’avoir la bonne approche pour lui parler, car tu veux minimiser les conflits, tu veux l’aider et tu veux prendre soin de toi dans tout cela en même temps. Mais c’est pas mal juste là-dessus que tu as du pouvoir dans cette situation-là : ton approche.

Bien entendu, tu souhaites, tout comme moi, que cette personne que tu aimes reprenne sa vie en main ou réalise qu’elle est sur une pente glissante. Toutefois on ne peut forcer le changement et crois moi je comprends comment tu te sens. Tu peux cependant retrouver un certain pouvoir dans la situation en changeant ta façon de voir les choses.

Voici des stratégies pour te sentir mieux dans cela et par le fait même, être en meilleure posture pour aider cette personne qui t’es chère, car toi aussi tu as envie de lui dire : «je t’aime, mais tu bois trop».

Ne le prends pas personnellement

Ne le prends pas personnellement si une promesse est brisée ou si un mensonge de plus prend place. Si tu savais combien de fois j’ai entendu dans mon bureau : «s’il m’aimait vraiment, il arrêterait de boire». Tu sens que tu n’es pas considéré et ça te blesse, car la parole n’a pas suivi les actions.Tu te dis qu’il n’y a rien à faire pour aider un alcoolique.

Ton proche qui a une dépendance, il veut la même chose que toi et ce n’est pas une simple question de choix ou de volonté. Lorsque tu as une dépendance, il y a une modification du système de récompense du cerveau. Ces changements neurobiologiques sont aussi déconcertants pour ton proche dans son processus de décision. Bien entendu il a du pouvoir sur la situation, mais il ne choisit pas d’avoir une forte envie de consommer très enivrante et handicapante, malgré le fait qu’il t’aime et que tu es une personne importante pour lui ou elle.

Ce n’est pas ta faute

Arrête de te blâmer, ce n’est pas ta faute. Il y a de nombreux conflits lorsqu’on  tente de négocier avec un proche qui a un problème de consommation. Même si tu lui dis simplement : je t’aime, mais tu bois trop. La charge émotive et la culpabilité sont déjà très fortes chez cette personne que tu aimes. Il est probable qu’il ait tendance à blâmer son problème de consommation a des circonstances à l’extérieur de lui et parfois sur toi. Cela brise le cœur d’entendre «je bois à cause de toi».  Ne t’accroche pas à ces mots difficiles si c’est ta situation. Si cette personne a vraiment une dépendance, elle va consommer, peu importe tes agissements et ce n’est pas ta faute. Il pourrait être  intéressant que tu lises sur le pourquoi elle consomme afin d’un peu mieux comprendre sa dynamique.

Prend un pas de recul

Tu dois prendre un pas de recul plutôt que de t’épuiser à mettre des stratégies pour secourir ton proche qui consomme trop. Je comprends ton feeling. Tu veux aider, mettre des stratégies, lui en parler, le raisonner, le confronter, mais au final cette pression sur ton proche peut l’isoler davantage et le fâcher. Lorsqu’on reprend toujours quelqu’un sur sa consommation et qu’on lui fait le reflet qu’il a encore consommé et qu’on se met en colère, il a de plus en plus tendance à s’isoler et cesser de nous en parler. 

Mais qu’est-ce que tu peux faire ?

Prendre un pas de recul avec un certain détachement sur les comportements de votre proche et ses conséquences. C’est difficile à vivre et à écrire, mais parfois, la meilleure chose à faire, c’est de ne rien faire lorsqu’une personne vit des conséquences de sa dépendance. Par exemple : Si c’est ton proche n’a plus d’argent pour payer son loyer, ne t’empresse pas de le financer ; si ton proche a des dettes de crédits, ne t’empresse pas de régler ses paiements, etc. Ce pas de recul est une stratégie pour aider un alcoolique et toi-même à la fois.

Il est difficile de laisser quelqu’un qu’on aime en crise, mais bien souvent, cette crise est un levier de changement. Je ne recommande pas d’être froid et distant, pas du tout même. Je ne recommande surtout pas de générer une crise afin que la personne change, encore moins ! Je  dis souvent à mes clients : «si ton proche est dans le changement, te parle de sa consommation et qu’il est dans des actions qui le rapproche de ce qui est important pour lui, c’est le bon temps de l’aider et d’être présent avec toute ta considération. Toutefois, si tu as un téléphone la nuit, car il a besoin d’un virement interac pour payer une dette, tu mets ta limite». 

La capacité de prendre un pas de recul et de mettre certaines limites est déterminante dans ton bien être et aussi dans celle de ton proche. Si tu éteins chaque feu que la personne allume, tu vas non seulement te brûler, mais ton proche n’apprendra pas à le faire.

N’accepte pas les comportements inacceptables

Effectivement, tu ne dois pas accepter les comportements inacceptables. Cela fait suite à la stratégie précédente et il est important de connaître tes limites. On passe tous par là et je te comprends. Tu l’aimes cette personne alors tu excuses et essuies certains écarts de conduite, certains comportements qu’il a eus envers toi, certaines paroles, etc. Cela augmente parfois insidieusement à travers le temps et on peut avoir une relation très malsaine à moyen terme. Tu as le choix de dire non et de mettre une limite et c’est important de le faire. Tu as peut-être longtemps augmenté progressivement ton «seuil d’acceptabilité» et il est temps pour toi de décider ta limite personnelle dans cette relation s’arrête où, de lui expliquer avec bienveillance et appliquer cette limite.

D’ailleurs, si tu as des enfants, il est primordial de les protéger de paroles ou de comportements désobligeants de la personne qui a un comportement malsain avec sa dépendance. Comprenez-moi bien, je ne souligne pas ici que toutes les personnes qui ont une dépendance ont des comportements répréhensibles. Loin de moi l’envie de les stigmatiser! Mais peut-être que ton proche oui et c’est important d’en parler.

Cette personne a besoin d’une aide extérieure

Ta présence et ton soutien sont très importants dans le rétablissement de ton proche, mais pour aider un alcoolique, par exemple il faut aller chercher une aide extérieure.

Il y a plusieurs étapes dans le développement et l’évolution d’une dépendance ainsi que dans les stades de changement. Si ton proche est au stade de précontemplation, tout ce que tu vas faire pour l’aider à changer va plutôt augmenter la résistance au changement.  Il a besoin de l’aide d’un professionnel tel que l’offre la Clinique Addiction et ce n’est pas ta responsabilité de «guérir» ton proche. Tu l’aimes et il boit trop. Cette recherche d’aide et sa responsabilité, pas la tienne.

Reste dans le moment présent

Apprendre à être dans le moment présent c’est bon pour toi ainsi que ton proche. C’est un défi de taille, mais il faut s’occuper d’aujourd’hui et s’observer dans notre tendance à ressasser les problèmes qui sont arrivés dans le passé ainsi que notre crainte des «échecs» du futur. 

On a tous cette tendance à rester centrés sur un souvenir douloureux qui nous a marqués. On veut que la personne qu’on aime et qui boit trop comprenne le niveau de détresse qu’on a pu ressentir. Il faut cependant s’efforcer de rester dans le moment présent et les circonstances actuelles.

Demande de l’aide

Il faut que tu demandes de l’aide pour aider un alcoolique et toi-même. Ça fait peut-être trop longtemps que tu couves sa consommation, que tu n’en parles pas, car c’est tabou et il ou elle ne veut pas que tu le fasses. Néanmoins, tu dois trouver une personne de confiance ou un professionnel pour t’ouvrir et recevoir du soutien. Plus tu gardes cette souffrance et cette détresse, plus tu te rends littéralement malade à ton tour. N’hésite pas à entrer en contact avec nous si tu as des questions ou des besoins spécifiques. Le CLSC de ta région saura également te référer vers un service adapté à tes besoins.

En terminant, il y a effectivement peu de choses que tu peux faire pour aider quelqu’un à changer son comportement de dépendance, mais tu as du pouvoir sur tes actions tout de même. Il y a une limite à l’ampleur que cette dépendance peut avoir sur toi et tu dois prendre soin de ta santé physique, mentale et financière.

Finalement, toi, cette personne à qui je dis «je t’aime, mais tu bois trop», je serais toujours là pour toi. Tu connais mes limites et je sais qu’elles te font du sens même si parfois tu les trouves difficiles. Savais-tu que je trouve parfois cela difficile de les maintenir? Bref, tu es important pour moi et tu es beaucoup plus qu’une personne qui boit trop à mes yeux. Tu as une valeur spéciale à mes yeux et tu n’es absolument pas défini par une étiquette d’alcoolique, loin de là. 

Tu es formidable et je t’aime.

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